Via Rhôna et premier 300

J’avais déjà fait une journée de 270km, et je savais que j’étais capable de faire 300km : il ne me restait qu’à les faire. Lorsqu’un collègue me parle de la Via Rhôna, je me dis immédiatement que c’est l’occasion pour moi d’atteindre cet objectif. De Lyon à la mer par la Via Rhôna, il y a plus de 400km. L’idée est donc de faire une centaine de kilomètres le vendredi soir, 300 le samedi et ce qu’il faudra pour atteindre la gare d’Arles le dimanche.

Pourquoi faire ça ? Déjà, pour me prouver que je suis capable de le faire. Si je sais que je peux rouler 300km, alors le jour où je dois faire 100km je me dirais que finalement, ce n’est pas tant que ça. Avec ce genre de sortie, je continue aussi ma découverte du vélo longue distance. Mon objectif à moyen terme est de me mettre à l’ultra-cyclisme : faire de longues distances, sur plusieurs jours, le plus rapidement possible. Pour faire ça, il faut bien sûr une condition physique correcte, mais aussi de l’expérience : connaître son vélo (confort, organisation du matériel) et se connaître soi (nutrition, sommeil) sont des éléments essentiels qui ne peuvent être explorés que grâce à ce genre de sorties.

Si la Via Rhôna dans Lyon est plutôt sympa, le long des quais, la suite jusqu’à Givors est bien moins intéressante. Peu de piste cyclable, mais beaucoup de bande cyclable sur des routes passantes (surtout un vendredi à l’heure de la sortie des bureaux). Un peu avant Vienne commencent enfin les vraies pistes cyclables, mais je rencontre aussi un vent de face qui moleste la surface du Rhône. Je roule ainsi 90km jusqu’à Sarras, où je dors chez une amie.

Le lendemain, c’est le grand jour. 300km de plat, c’est à la fois facile et beaucoup : pas de grosse difficulté, mais il faut que je m’assure de ne pas perdre trop de temps aujourd’hui. Plus que ma vitesse, la clef se trouve dans les pauses, qui doivent être peu nombreuses et pas trop longues. J’estime que ma vitesse moyenne en comptant les pauses devrait être de 20km (je ne suis pas très rapide) : ça fait donc une journée de 15h. Comme il fait nuit à 20h, je décide de partir à 5h : du fait d’un équipement lumineux un peu faiblard, je préfère rouler de nuit le matin, lorsque je serais sur une piste cyclable à l’abri de la circulation.

Malgré mes bonnes résolutions, je prends une longue pause petit-déj à 7h. Ce n’est pas une surprise : je sais que je suis rarement efficace le matin. Heureusement, après j’arrive à limiter mes pauses jusqu’à 11h30, où je m’arrête prendre mon déjeuner. Encore une fois, la pause est un peu trop longue, mais je sens que j’ai aussi besoin de ça pour arriver jusqu’au bout.

Durant l’après-midi, le vent se lève. Encore une fois ce n’est pas le mistral, donc je n’ai la chance d’avoir le vent de dos sur lequel j’avais tablé la première fois que j’avais envisagé ce parcours. Le vent n’est pas aussi fort que ce que j’ai pu connaître en Patagonie, mais il reste usant et démoralisant. Heureusement mon objectif est trop fortement ancré dans ma tête pour que ma motivation baisse, et je continue à rouler sans me poser de questions. Par contre, je triche un peu en prenant des routes lorsque la Via Rhôna fait quelques détours qui ne m’inspirent pas. De toute façon je ne suis pas venu ici pour faire du tourisme.

J’arrive à Arles, qui marque le début de la Camargue. Le parcours s’aplatit encore (si c »était possible) et je suis une piste cyclable qui doit m’amener jusqu’à la mer. Il commence à être tard, et en ce mois de septembre je suis presque seul avec mes podcasts. Finalement j’arrive à la plage : la mer est là ! Mais je n’ai que 285km au compteur… Et oui, j’ai pris trop de raccourcis ! Je décide donc de faire quelques aller-retours sur la digue entre Port Saint Louis du Rhône et la plage. Lorsque j’arrive à 300km, je m’arrête net. Il est 21h, j’ai donc mis 16h avec 13h sur la selle et une vitesse moyenne de 23km/h. Je suis fatigué, mais j’ai l’impression que je pourrais encore continuer un peu. Je sais que c’est que je suis encore chaud, et que demain je me sentirai moins frais. Je vais me réfugier derrière une dune pour y passer une nuit qui s’annonce bonne.

Sauf que… Qui dit Camargue dit moustiques. Je pensais pouvoir résister à leur voracité, en espérant que, comme aux États-Unis, ils se couchent peu après le soleil. Malheureusement ce n’est pas le cas, et je me fait dévorer vivant. La fatigue fait que je m’endors pendant une heure ou deux, mais finalement je me réveille et ensuite je dois me rendre à l’évidence : je n’arriverais pas à me rendormir. Vers 00h30, je décide donc de repartir trouver un coin plus accueillant.

Me voilà donc sur la selle à 1h du mat’… Clairement pas ce que j’avais prévu. Mes muscles ont eu le temps de refroidir, mais pas de récupérer. C’est dur, je plafonne à 20km/h. Je remonte vers Arles, sur la piste cyclable qui m’avait amené jusque là. Ce trajet aurait été encore plus difficile si je ne l’avais pas passé au téléphone avec une amie, mais cette distraction bienvenue m’aide à avancer jusqu’à une dizaine de kilomètres d’Arles. Il est 3h, et quelques arbres au bord de la piste offrent un semblant d’abri contre la condensation. Je n’ai pas envie de refaire la même erreur, donc je reste immobile quelques minutes avant de m’installer afin de vérifier que le coin n’est pas infecté de moustiques. C’est bon ! Je ressors donc mes mon bivouac et m’installe en vitesse. Je mets le réveil à 6h, pour aller prendre un train à 6h45. La nuit sera courte, mais au moins je dors.

Le lendemain j’ai peu de kilomètres à faire jusqu’à la gare, mais qu’est-ce qu’ils sont durs ! Je termine ma nuit dans le train, et commence à réfléchir à la suite à donner. Ultra-cyclisme, me voilà !

Comme indiqué au début, le but de cette sortie était d’en savoir plus pour faire de la longue distance. Voici quelques axes de progression que j’ai identifiés :

  • Vitesse moyenne : 23km/h sur du plat, ce n’est pas énorme. Je pense que je pourrais relativement facilement gagner deux ou trois km/h.
  • Moins de pauses
  • Nutrition : il faut que je trouve de quoi me nourrir plus régulièrement sur le vélo, pour à la fois limiter les pauses et avoir assez d’énergie, sans trop manger. Ce dernier point est finalement assez délicat après plusieurs heures sur le vélo : j’ai parfois trop faim et je mange un peu trop d’un coup, ce qui n’est pas bon pour mes performances.
  • Récupération : je peux faire 300km en une journée, mais le lendemain j’étais mort. Comme pour la vitesse moyenne, c’est en partie corrigeable avec de l’entraînement.
  • Sommeil : c’est probablement le point qui sera le plus difficile à améliorer. J’ai besoin de beaucoup dormir (en temps normal, 9h/nuit). Lorsque je vois les ultra-cyclistes enchaîner les nuits de 4h pendant plusieurs jours, je suis admiratif et surtout dubitatif quand à mes capacités pour faire ça un jour. Mais au vu de l’importance du sommeil, je n’ai aucune idée de comment m’entraîner pour ça.

Et maintenant, place aux quelques photos :

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