J20-23 : rando, vélo, et rando-vélo

El Chalten est un peu la Chamonix des Andes. Le Fitz Roy remplace le Mont-Blanc (en moins haut, mais plus difficile à gravir), et l’Huemul Circuit remplace le TMB (en plus court, mais potentiellement plus technique). C’était donc hors de question d’y passer sans au moins faire une des fameuses randos à la journée. N’écoutant que notre courage, nous décidons même de combiner DEUX randos à la journée pour faire un petit circuit des points de vue les plus célèbres. Mais comme c’était censé être un jour de repos, on va le faire sur deux jours histoire de pouvoir profiter du lever de soleil.
La première étape correspond à la montée au lago de los tres, célébrissime belvédère sur le Fitz Roy. Rien de bien difficile même si la montée finale est costaud (400m de D+ en 1km). Nos jambes entraînées nous portent au sommet en un rien de temps – ce qui n’est pas forcément une bonne chose, car maintenant nous devons attendre que les nuages daignent dégager le sommet. La morraine qui sert de belvédère est bondée, mais la vue est tout de même sympa.
Je recroise le couple de hollandais croisé à la dernière frontière avec le Chili, donc c’est super cool de comparer nos expériences. Malheureusement cette fois ils n’ont pas de fruits à me donner, mais je les trouve sympa quand même. Après la descente, Jo et moi traversons le parc par un sentier absolument désert en direction du belvédère sur le Cerro Torre, où nous prévoyons de camper. Accessoirement, le Cerro Torre est célèbre dans le monde de l’alpinisme/escalade pour une des plus vieilles controverses du milieu : qui l’a gravi en premier sans tricher ? (Un bon résumé en anglais ici ).





Le lendemain nous nous levons aux aurores pour aller admirer le lever de soleil, malheureusement terni par les nuages sur le Cerro Torre. Ensuite il est temps de redescendre à El Chalten : 10km sur un sentier facile, rien de bien compliqué. Durant la descente nous décidons de partir dès l’après-midi en direction de l’embarcadère du premier bateau qui doit nous amener au Chili.
Je dois maintenant m’arrêter pour expliquer rapidement cette frontière. En Argentine (où nous sommes), la dernière ville est El Chalten. Au Chili, le premier village est O’Higgins. Entre les deux se trouvent 40km de piste, un lac, le poste frontière argentin, 5km de mauvais sentier, 15km de mauvaise piste, le poste frontière chilien, un autre lac, et 7km de piste. Le deuxième lac étant très grand, il est sujet aux caprices de la météo et les bateaux y circulent de manière aléatoire. Les rumeurs veulent que des voyageurs se sont retrouvés bloqués 10 jours ou plus entre les deux lacs… Bref, je ne sais pas si tout cela est bien clair, mais s’il faut retenir quelque chose c’est que cette frontière est une aventure à elle seule.
Nous commençons donc par faire nos corvées en ville (c’est à dire bière et burgers, mais aussi le ravitaillement) avant de retourner nous préparer à l’hostel. De l’intérieur, nous entendons le vent violenter les murs et ne sommes pas plus pressés que ça de partir. Mais quand il faut il faut, et vers 16h nous quittons enfin El Chalten.
Et là c’est la gifle. Au sens littéral : le vent nous frappe de toute ses forces, le sable nous aveugle, tout bouge autour de nous… Les éléments nous terrassent et nous devons mettre pied à terre. Pousser son vélo sur du plat et sur une bonne route n’est pas très bon pour la motivation. Jo et moi nous regardons, mais nous nous taisons. Nous savons que la défaite rode, et que si l’un d’entre nous le propose nous retournerons directement à l’hostel. Mais nous serrons les dents (en fermant la bouche contre le sable, leçon apprise), et finalement ce moment d’enfer ne dure que 500m – c’est à dire une éternité. Une fois passé le goulot qui bloque la vallée, le vent se calme.
Au fur et à mesure que nous avançons, notre crainte du vent est remplacée par celle de la pluie. Nous voyons des rideaux d’eau s’abattre dans les vallées en face de nous, mais la route tourne tant et si bien que nous echappons aux averses (pour le moment). La vallée offre un premier aperçu de ce que sera la Carretera Austral au Chili : verte, humide, et enserrée de hautes montagnes gelées. C’est un véritable bonheur que de quitter la pampa pour ce coin de paradis. Nous installons le bivouac au bord du lac, à moins de 100m du bateau qui doit nous faire traverser demain matin à 10h.





Comme prévu, il se met à pleuvoir pendant la nuit. Et comme attendu, c’est un véritable déluge qui a déjà tout détrempé avant que nous sortions des tentes et qui ne fait pas mine de s’arrêter. Mon départ est si précipité que j’en perds ma balise Spot. Personnellement elle ne me manquera pas plus que ça, mais j’en connais à la maison pour qui ce ne sera pas la même.
La traversée du premier lac se fait dans un bateau vide. Nous passons la douane de l’autre côté, où nous obtenons notre tampons de sortie et un bonbon au chocolat. Il est enfin temps de s’attaquer au gros morceau : les 5km de sentier jusqu’au col. Ça nous a été décrit comme très difficile, raide, boueux… Ceci, combiné avec la pluie, nous fait vraiment craindre le pire. Mais finalement nous nous en sortons plutôt bien. Certes le début est raide et les rivières ont grossi, mais comme nous sommes déjà trempés nous ne reflechissons pas deux fois avant de traverser les flaques de boue ou les torrents. Bien aidé par l’impossibilité de faire des pauses, nous mettons 3h à atteindre le col, ce qui est un temps plutôt correct comparé aux autres cyclistes.
Au sommet nous retrouvons une piste d’abord un peu vallonnée puis franchement descendante. La qualité est variable, mais au moins nous sommes sur les vélos. Par contre, l’arrêt des efforts signifie le début du froid ; heureusement, le soleil perce progressivement et nous terminons sous un franc ciel bleu. Le passage à la douane n’est qu’une formalité, mais nous apprenons qu’il n’y aura pas de bateau aujourd’hui. Nous nous dirigeons donc vers le camping, où nous retrouvons de nombreux cyclistes et backpackers, certains attendant le bateau depuis 5 jours. Il s’avère que nous sommes chanceux : le bateau devrait arriver demain matin. Comme nous avions prévu de la nourriture en rab, ce soir c’est festin !


C






omme prévu le bateau arrive à 9h. Il y en a même deux ! La traversée commence sous le soleil, mais nous débarquons 2h plus tard sous une pluie fine. Nous n’avons que 7km à faire, donc c’est loin de nous déranger. Voilà, nous sommes à Villa O’Higgins, terminus de la Carretera Austral mais début pour nous. Le programme des prochain jours (semaines) est donc tout simple : remonter cette fameuse route en direction du nord.