HRP Hendaye – Andorre : j7-11 – le parc des Pyrénées

### 2021:08:20

Jour 7 : la montagne ça fatigue

Alex part un peu avant Natasha et moi et c’est donc à deux que nous parcourons les quelques kilomètres de bitume jusqu’à la station d’Astun. Je sais que nous n’avons pas franchement le même rythme mais c’est quand même appréciable de pouvoir partager quelques kilomètres avec quelqu’un d’autre – surtout sur la route. A partir de la station nous récupérons un sentier qui monte franchement vers l’Ibon de Escalar. Il y a quelques randonneurs dans la montée, mais au lac c’est la foule et je double beaucoup de monde dans la fin de l’ascension pour atteindre le col des Moines : il y a un télésiège qui permet de monter pas très loin d’ici, et manifestement c’est le choix privilégié par beaucoup. Au col se dévoile le pic du midi d’Ossau qui se détache assez nettement des montagnes alentours.

La descente passe vite en bavardant avec Natasha et nous rattrapons Alex au début de la montée vers le col de Peyreguet. Le début est bien raide et la suite se calme à peine donc nous montons relativement rapidement, même si clairement je suis en sous-régime avec mes deux compagnons. Dans le pierrier Alex trouve une pompote intacte que je récupère volontiers ; plus loin, Natasha trouve et me donne une petite boule de massage absolument parfaite pour mes pieds. C’est vraiment pas mal de marcher à plusieurs en fait.

Nous descendons jusqu’au refuge de Pombie où nous nous arrêtons pour manger. Natasha prolonge la pause et c’est donc avec Alex que je termine la longue descente. Nous nous séparons en bas car j’ai envie de reprendre mon rythme pour les 1200m de montée qui m’attendent. C’est d’abord régulier jusqu’au passage d’Ortieg, qui n’est pas très difficile mais un peu vertigineux et qui me demande de me concentrer pour contrebalancer ma fatigue. Je passe devant le refuge d’Arrémoulit et je continue vers le col éponyme. Il n’y pas plus vraiment de sentier, simplement quelques cairns dans les dalles rocheuses. Je ne prends pas de pause, j’aurais peur de ne pas repartir vu ma lassitude générale.

La descente de l’autre côté est raide mais rapide. Un dernier pierrier à traverser marque la fin des difficultés pour la journée ; ensuite je marche le long de lacs jusqu’à trouver un emplacement à peu près plat entre les cailloux. Je monte le bivouac en vitesse et je m’effondre de fatigue sur mon matelas. Je ne sais pas pourquoi aujourd’hui a été aussi fatiguant (peut-être parce que je marchais à un faux rythme ?), mais je m’endors en vitesse.

### 2021:08:21

Jour 8 : les premiers 3000

Le début de la journée se fait en douceur, d’abord le long d’autres lacs, puis sur un long chemin en balcon, puis le long d’une vallée qui remonte tout doucement en passant de multiples lacs. C’est même un peu trop en douceur et j’ai du mal à évacuer ma torpeur matinale. Je suis donc plutôt content quand le sentier monte enfin pour de vrai. Dans mes écouteurs, Barack Obama me lit son livre pour m’aider à me motiver jusqu’au col de la Fache. Je n’ai par contre aucun problème de motivation pour laisser mon sac derrière un rocher et monter jusqu’à la Grande Fache, le premier 3000 de mon parcours.

La montée n’offre pas de grande difficulté si ce n’est la multiplication des cairns qui rendent le suivi de la meilleure trace peu évident. Je termine sur l’arrête avec des pas de grimpe bien plus difficiles que ce qui aurait été nécessaire, mais au moins j’arrive rapidement au sommet. La vue sur les Infernios et le Balaitous est plutôt sympa, même si ce ne sera pas le plus beau sommet de ma HRP. Je redescend en compagnie d’autres randonneurs croisés au sommet, ce qui m’évite de me prendre la tête sur l’itinéraire.

La descente jusqu’au refuge Wallon, 1200m plus bas, est longue mais roulante. Je mange un peu plus loin, au début de la montée suivante. Alors que je finis de sortir mes affaires pour un peu de séchage au soleil un randonneur passe et me demande si je fais la HRP. Lui aussi est dessus, et il est très intéressé par mon petit sac. Il s’arrête finalement manger avec moi et nous discutons matériel et itinéraire. Il me parle avec des étoiles dans les yeux du restaurant de la station service de Parzan, que j’ajoute avec joie dans ma petite liste des choses à voir pendant ma traversée. Je repars en direction du col d’Arratille, 700m plus haut, d’où j’enchaîne avec la traversée vers le col des Mulets puis la descente vers les Oulettes de Gaube. La vue sur le massif du Vignemale est plutôt sympa mais tout ça est tout de même bien long, donc pour me motiver je me promets un petit encas à acheter au refuge. Ceci dit il se mérite : la plaine entre moi et ledit refuge est traversée de nombreux cours d’eau et je me retrouve à devoir faire de grands bonds pour ne pas terminer les pieds trempés.

Le refuge est blindé donc finalement je ne m’arrête pas et je continue directement vers le petit Vignemale. J’atteins le sommet vers 19h, et bien entendu je suis absolument seul. J’imagine que ça ne doit pas être pareil le matin donc j’en profite pour savourer calmement le paysage. Je ne traîne tout de même pas trop et je repars assez rapidement vers le refuge Bayssellance où je reprends de l’eau. Je continue la descente jusqu’à un peu en dessous du départ de la voie normale du Vignemale et des grottes Bellevue, où comme je m’y attendais se trouvent de nombreuses zones pour bivouaquer. J’hésite à dormir à la belle étoile, mais les nuages remontent dans la vallée et j’ai peur de me retrouver trempé pendant la nuit. Finalement ils s’arrêteront une centaine de mètres plus bas, me laissant voir les étoiles par ma porte ouverte.

### 2021:08:22

Jour 9 : foule et sommets

Je ne suis qu’à 16km majoritairement descendant de Gavarnie, ce qui m’aide à me motiver à partir ce matin. Quelques nuages me font craindre le retour du mauvais temps, mais finalement ils ne font que passer – je suis sûr qu’ils vont rejoindre leurs congénères au pays basque. Une fois descendu aux Oulettes d’Ossoue le sentier reste à flanc de la vallée. C’est plus ou moins plat, mais qu’est-ce que c’est long… Je n’ai qu’une envie, c’est d’arriver à Gavarnie et d’avoir un ravitaillement correct. Juste au dessus du village je replonge dans les nuages, je ne vois pas à 10m devant moi. Ça fait quelques jours que j’admire la mer de nuage, il est temps de retourner dedans.

Je me fais un petit ravitaillement à l’épicerie, bien mieux achalandée qu’à Cadanchu mais hors de prix. J’y prends le minimum pour tenir jusqu’au prochain ravito dans 3 jours. Durant ma HRP j’aurais largement optimisée la quantité de nourriture portée, mais pas vraiment par choix. J’en profite pour manger sur une table à côté, mais ayant fait les courses affamés je suis tombé dans un piège classique et j’ai eu les yeux plus gros que le ventre…

Je profite du réseau pour repartir en téléphonant à Joy pour planifier la logistique. Ça aide à faire passer le temps alors que je remonte la foule venue voir le cirque. J’ai quand même un peu de chance car la mer de nuage s’est retirée, me laissant voir un des points emblématiques des Pyrénées. C’est pas mal, mais j’ai du mal à apprécier avec autant de gens autour de moi. Surtout, il faudra m’expliquer pourquoi le parc n’a pas créé de véritables chemins une fois dans le cirque : à la place c’est un maillage de sentiers qui défigurent le paysage et un éparpillage de touristes pic-niquant n’importe où.

C’est tellement bordélique que j’ai un peu de mal à trouver le départ de l’échelle des Sarradets. Je m’attendais à un sentier bien indiqué mais il est très discret, peut-être pour éviter que n’importe qui ne s’y engage. C’est vrai que c’est raide et presque exposé… J’ai beaucoup de mal dans la montée : j’ai très chaud, pas assez d’eau et trop mangé. Je dois vraiment prendre mon temps. Heureusement une fois sorti de la partie la plus raide je croise un ruisseau, l’air se rafraîchit un peu, le paysage continue à être grandiose et je suis à peu près seul. C’est mieux comme ça.

Ma solitude n’est que de façade car au dessus de moi je vois le refuge qui fourmille d’activité. Je l’atteins vers 16h et y fais une petite pause pour me charger en eau. Je continue vers la brèche de Roland : je crois que je n’ai jamais vu autant de monde à cette altitude. Comme j’y repasserai plus tard je ne m’arrête pas et longe la paroi en direction du Taillon. Je croise de moins en moins de monde et finalement je suis définitivement seul une fois que j’attaque la montée finale. Je fais une bonne pause au sommet pour profiter du paysage et me reposer. Je suis toujours un peu fatigué, à croire que faire une HRP à rythme correct sans aucun entraînement en rando est un peu plus éprouvant que je l’imaginais.

Je retourne à la brèche maintenant désertée et continue en face via le pas des Isards. Il ne présente pas vraiment de difficulté (notamment grâce aux chaînes) mais je suis content d’être seul, croiser quelqu’un aurait pu être embêtant. Le sentier suit les falaises jusqu’à un bel emplacement de bivouac sous le Casque du Marboré. Je pense dormir ici, mais avant ça je voudrais monter au sommet. Je prends mon sac avec moi jusqu’à l’intersection avec la sente qui permet d’y accéder (au cas où je trouvais un spot encore mieux, mais non), puis je termine le dos libéré. Je me perds un peu en route et me retrouve dans un passage très scabreux – heureusement je fais demi-tour avant de ne plus pouvoir et je retrouve la vraie sente plus loin. Le reste ne pose pas vraiment de difficulté et j’arrive au sommet sans autre problème.

La vue y est magique : la mer de nuage a recouvert le bas du cirque, le soleil éclaire l’enchainement de sommets jusqu’au Mont Perdu… Il y a quelques cercles de pierre, je me fais la réflexion que j’aurais pu dormir là. La descente est rapide (maintenant que je connais le bon chemin), mais lorsque je retrouve mon sac je vois que deux randonneurs ont pris l’emplacement de bivouac que je visais. Il y en avait un autre à proximité, mais je me dis que c’est un signe : je reprends le sac et remonte au sommet du Casque. Une nuit à 3000 c’est pas mal aussi, non ?

### 2021:08:23

Jour 10 :

La nuit ne fut pas très reposante. Malgré le cercle de pierre, le vent m’a tenu éveillé une bonne partie de la nuit, amenant une fraîcheur que mon quilt un peu usé a du mal à gérer (je dois probablement envisager un lavage, ce ne serait pas du luxe après près de 8000km de marche avec). Au moins je suis réveillé avant le lever du soleil, que j’ai tout le temps d’admirer malgré la fine brume qui ralentit l’arrivée des premiers rayons. Comme hier soir, je reste en admiration devant le paysage du cirque embouché dans sa mer de nuage.

La matinée se passe sur les hauteur de Gavarnie. J’ai le sentiment d’être seul avec les isards dans la haute-montagne, c’est fantastique. Quelques passages un peu plus techniques demandent mon attention mais le cheminement est plus évident que ce à quoi je m’attendait ; malgré tout je n’avance pas très vite, profitant du moment. Du côté espagnol, le canyon d’Ordesa se déploie, offrant un paysage radicalement différent. J’imagine qu’une boucle de quelques jours dans le coin doit être magnifique, mais je continue en direction du lac gelé. J’y laisse mon sac derrière un rocher pour faire l’aller-retour au Mont Perdu. C’est raide, plein de monde et pas très rigolo, mais la vue au sommet en vaut la peine.

De retour à mon sac je me lance dans l’ascension du Cylindre du Marboré, mais au premier petit col je constate que ce n’est plus dans le domaine de la rando. Je me console avec le piton SW, un autre sommet à mettre à ma toute petite collection des 3000 pyrénéens. De là je peux voir une partie du chemin parcouru ce matin, toujours aussi beau malgré le soleil de midi.

Je voudrais aller jusqu’à la Pineta pour ce soir, et d’après le profil altimétrique ça ne devrait pas être trop dur car il n’y a plus trop de montées… Mais la descente du lac Gelé vers le refuge de Goritz est longue, puis la variante du GR en balcon est usante, interminable puis un peu technique. Quelques nuages noirs me font presser le pas, car j’ai tout sauf envie de me retrouver sous l’orage ici. C’est donc fatigué que j’arrive au col d’Anisclo. De là c’est descente tout droit jusqu’à la Pineta… Ça aurait pu être facile si ce n’était si raide, si le chemin était un peu plus roulant, si la journée n’avais pas été aussi longue. Mais en l’état je souffre, et je n’ai qu’une envie : arriver. Mon souhait ne sera exaucé qu’à 19h, après une journée beaucoup trop longue pour le kilométrage effectué. Je prends un petit truc au refuge avant d’aller me poser dans le coin. Demain une autre longue journée m’attend, mais cette fois-ci je ne devrais avoir aucun passage technique ou difficile donc je devrais pouvoir bien avancer même en faisant une bonne pause ravitaillement à midi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top