HRP Hendaye – Andorre : j0-6 – le Pays Basque

Ma dernière rando d’envergure remontait à la Jordanie, il a plus de deux ans. Depuis, je m’étais concentré exclusivement sur le vélo, d’abord en dilettante avant mon voyage en Amérique du sud puis plus sérieusement pour préparer la RAF. Beaucoup de bornes à rouler, de bivouacs et une découverte des routes françaises plus tard, j’ai définitivement accroché au vélo de route. Cependant j’avais quand même envie de revenir à mes premiers amours. Marcher seul dans la montagne, savourer lentement des paysages inaccessibles autrement, se gérer entre deux ravitos espacés de plusieurs jours… Tant de raisons qui me poussaient à refaire une rando « comme avant ». J’avais aussi plusieurs questions d’ordre personnel dont je cherchais les réponses et il n’y a pas mieux pour méditer que la marche. Et puis, qui sait, peut-être que je répondrai à une question que je me posais : qu’est-ce que je préfère entre le vélo ou la rando ? Interrogation futile, mais pourtant utile pour commencer à définir mes prochains projets.

Avant la RAF j’envisageais déjà de faire une HRP dans l’été, mais, souhaitant rester concentré sur la préparation de mon gros projet j’avais laissé toute planification de la rando à après. Au sortir de la course de vélo j’avais donc moins de deux semaines pour me remettre en état et préparer la HRP, autant dire pas grand chose. Heureusement j’eu un peu d’aide de la part de connaisseurs des Pyrénées (Zorey, Joy) et je récupérais des traces auprès d’autres membres (Redfish, Hervé) ce qui m’a permis de ne pas partir de zéro.

Faire une HRP, d’accord, mais il me restait à décider quelle serait la philosophie de mon projet. Je n’avais que trois semaines, donc je devais choisir entre aller vite pour en faire le plus possible (et peut-être la finir) ou prendre mon temps pour savourer, faire des sommets et peut-être aussi me reposer un peu. Finalement je choisis… de ne pas choisir. Enfin bon, mon non-choix en était un en fait : il s’agissait pour moi d’avancer le plus possible sans me prendre la tête si je n’allais pas jusqu’au bout. Dans le train en route pour le départ je me fis d’ailleurs une liste des sommets potentiels, donc déjà je savais que ce serait compliqué d’aller au bout si je m’ajoutais autant de détours…

J’avais déjà fait une tentative de HRP est-ouest en 2018 avortée au Canigou donc je décidais de partir de l’autre côté, depuis Hendaye. Ma grosse interrogation concernait les ravitaillements : en restant loin de la civilisation comme je le souhaitais ça me faisait quand même de longues portions sans trop de possibilités. Heureusement qu’une âme charitable se porta volontaire pour m’aider pour l’une de ces sections (vous pouvez probablement deviner qui c’est, mais par principe je laisse un peu de suspens) ; pour le reste, je décidais qu’un peu d’improvisation une fois sur place marcherait probablement.

Bref, une HRP placée sous le signe de l’impréparation et de l’improvisation. Quand je compare ça à ma traversée des Alpes en 2015 qui m’avait nécessité plusieurs mois de travail je me rends compte que j’ai bien progressé…

Jour 0 : 10km, 650m D+

J’habite à Lyon et je vais à Hendaye en train, donc c’est très logiquement que je me retrouve à… Paris. Bah oui, c’est plus rapide de prendre deux TGV avec une correspondance à la capitale que de traverser le midi de la France. Plus rapide, mais toujours long : j’arrive à destination à 19h45. Le train me fatigue toujours, mais je reste quand même excité de retrouver les chemins autrement que sur mon vélo. Je marche rapidement vers un petit supermarché pour prendre de quoi dîner, puis… c’est parti. Pas de froufrou ni de chichi, je ne passe même pas voir l’océan. Je me tourne résolument vers les collines basques et en route.

Sur les cartes j’ai repéré quelques points de bivouac potentiels. J’aimerais bien marcher environ 8km pour m’éloigner de la côté urbanisée donc je marche d’un bon pas alors que la nuit arrive doucement. Pas mal de routes, de maisons, de bruits d’autoroutes… Je suis encore loin de la solitude que je recherche, mais j’ai un avant goût assez fidèle du pays basque.

C’est dans la première vraie montée (400m vers le Xodolko Gaina) que je dois me résoudre à allumer ma frontale. Ambiance étrange dans la brume qui s’abat sur moi alors que les formes fantasmagoriques qui en sortent ne sont que des chevaux. Il fait moite, poisseux. Je me sens mal à l’aise, presque apeuré – est-ce le début d’une HRP, ou l’introduction d’une série B d’horreur ? Le sol brille sous ma lampe mais ce ne sont que les yeux des araignées qui semblent tapisser le sol. J’ai déjà eu des départs plus glorieux, mais heureusement je suis concentré sur mon but du soir et je m’évite de me poser trop de questions.

Au niveau d’un petit col se trouvent déjà plusieurs tentes. Il est 22h, j’ai fait 10km donc ça me va bien de m’arrêter là. Je plante l’abri à côté de deux jeunes autour d’un feu et nous discutons un moment mais je ne m’éternise pas. Demain c’est le départ, le vrai.


Départ commun avec le GR10

Jour 1 : 51km, 2500m D+

Les nuages sont toujours là lorsque je plie le camp, et c’est dans le brouillard que je commence à marcher un peu avant 7h. Assez rapidement j’arrive à Ibardin, étrange centre commercial au milieu des collines. Situé sur la frontière, il sert de point d’approvisionnement à tous les français qui veulent des clopes moins chères. J’y fais une pause technique rapide avant de continuer sous les nuages. Peu après j’arrive au pied de la première vraie montée de ma HRP : 700m sans vrai répit jusqu’à sous la Rhûne. C’est raide et humide, mais au fur et à mesure ça s’éclaircit autour de moi avant que je débouche au dessus des nuages. On est quand même mieux ici… Devant moi marche d’un pas vif un randonneur au petit sac avec un matelas mousse. Il m’a tout l’air d’un HRPiste MUL, mais il est trop rapide et je ne le rattrape pas avant qu’on rejoigne la foule des crêtes de la Rhûne où je le perds de vue. Je m’arrête un court instant prendre quelques photos puis je m’engage dans la franche descente.

Il ne me faut pas longtemps pour me retrouver dans les nuages. Heureusement mon parcours redescend si bas que je passe sous les nuages et leur humidité – mais il fait toujours lourd. La suite est très roulante et à peine vallonnée donc je marche d’un bon pas. Je croise un chien qui décide qu’elle n’a rien de mieux à faire que de m’accompagner sur une dizaine de kilomètres. Rapidement je me prends au jeu d’avoir un compagnon – je comprends presque ceux qui s’embêtent à partir en rando avec un chien. Ça ne m’empêche pas de continuer sans faiblir : ça fait presque un an que je m’entraîne toute la journée à rouler sans faire trop de pauses donc j’exporte ce principe à ma rando, et c’est comme ça qu’à 13h30 j’ai déjà 23km dans les jambes. Je suis alors à Ainhoa, petit village très touristique qui n’est pas bon à grand chose à par me fournir en sandwichs trop chers pour ce qu’ils sont.

Alors que je suis posé à côté d’une fontaine pour ma première vraie pause de la journée un cycliste s’approche pour remplir son bidon. Le maillot me fait tilter avant que je réalise qu’il s’agit d’un concurrent de la RAF que j’ai croisé plusieurs fois pendant la course. Nous échangeons des nouvelles et plaisantons de la coïncidence avant de repartir chacun de notre côté. Pour moi, il s’agit de continuer cette traversée peu intéressante du pays basque noyé sous les nuages. Au niveau du col d’Espalza l’itinéraire redescend une énième fois en fond de vallée, mais cette fois-ci le chemin est cassant, technique et somme toute peu agréable en fin de journée. Ça continue par plusieurs kilomètres sur route, où un couple teste ma volonté en me proposant de me m’avancer en voiture. Je refuse poliment avant d’avoir le temps d’y réfléchir, et après un dernier rechargement en eau j’attaque la montée franche vers les crêtes d’Iparla. Il est tard, j’aimerais m’arrêter mais je ne trouve pas grand chose donc je monte, monte… jusqu’aux nuages. Je débouche sur la crête sous un vent qui me fouette le visage d’une pluie fine. Je tourne rapidement les talons et redescends quelques centaines de mètres. Je me retrouve à planter l’abri directement sur le chemin, mais je suis trop fatigué pour faire mieux : 53km pour une première vraie journée de rando, c’était peut-être un peu trop. De toute façon il est 21h, qui viendra après ?


Sous la Rhune, au dessus des nuages


Mon compagnon du jour


Cimetière basque au dessus d’Ainhoa

Jour 2 : 26km, 1600m D+

Dès le réveil je sens que mes pieds sont encore très (trop) fatigués. Musculairement aussi ça tire, mais ça je sais gérer ; par contre je sais que mes pieds vont se rappeler à mon bon souvenir toute la journée et je n’attends pas ça avec impatience. Alors que je cherche à me motiver à bouger deux trailers passent et bougonnent vaguement à mon encontre. Ils ont plutôt complètement raison donc je replis tout en vitesse et me jette dans les nuages qui m’attendent juste au dessus. Il ne pleut pas vraiment, mais en quelques minutes je suis trempé.

Le reste de la journée est à l’avenant : il fait gris, je ne vois rien, je perds le sentier dans les fougères, je suis trempé. Et franchement, j’aurais accepté tout ça sans râler si mes pieds étaient en état. Plus tard, sur le forum je dirais : « Vous savez cette sensation qu’on a quand on est resté debout trop longtemps en piétinant, quand les pieds sont fatigués ? C’est ça, mais en pire. Pas pratique quand on veut passer la journée à marcher. ». Bien que factuelle, cette description est un bel euphémisme : je ne prends aucun plaisir à marcher aujourd’hui.

Assez rapidement j’envisage de m’arrêter assez tôt, aux Aldudes. Ça ne fait que 25km, ça devrait aller vite… Sauf que bien sûr que non. La crête n’est pas si roulante que ça (surtout que j’arrive à perdre le sentier en voulant prendre un micro-raccourci après un détour vers une source). Je pers aussi beaucoup de temps sous forme de micro-pauses de plus en plus longues, et finalement je n’arrive qu’en fin d’après-midi. Je discute avec l’habitant qui tient une sorte de petit point info et il m’indique la présence d’une chambre d’hôte, seul logement disponible dans le petit village. Il part même en courant s’assurer qu’elle est ouverte, et il revient tout sourire m’annoncer que je peux avoir un vrai lit et une douche pour 30€ (ce n’est pas comme ça qu’il formule, mais c’est ce que mon cerveau traduit pour moi). Ça ne fait qu’à peine deux jours que je suis parti donc je n’avais absolument pas prévu de déjà dormir en dur, mais je me dis qu’un repos de qualité ne peut que me faire du bien… Et je me retrouve dans une chambre désuète parfaite pour moi.

Je pose (déjà) des questions pour la suite : est-ce que je vais devoir prendre un jour de repos complet pour laisser mes pieds au calme ? J’en parle sur le forum où on me rappelle un peu à l’ordre : commencer par une journée de 50km sans entraînement n’est pas la meilleure idée du monde (non vraiment ?). Je décide donc de ralentir un peu le rythme et de voir ce que ça donnera. Dit comme ça ça parait complètement évident, mais je m’étais tellement conditionné à avancer au maximum de mes possibilités qu’il m’a fallut une décision consciente et calculée pour ralentir un peu.


C’est par là pour Iparla


Iparla


Quand tu te perds dans les fougères


Spooky

Jour 3 : 35km, 1900m D+

La météo est toujours plus que mitigée – décidément, le pays basque est digne de sa réputation. Je reçois des messages de personnes plus loin dans les Pyrénées qui me parlent de nuits à la belle étoile sans vent, ça me semble impossible. Heureusement mes pieds vont un peu mieux, sinon le parcours de crête enforesté m’aurait parut encore plus long.

Mon objectif pour ma première pause est le col de Roncevaux, où je retrouve le chemin de St Jacques. Il représente quelque chose de particulier pour moi : il y a 10 ans presque jour pour jour je terminais ici le GR65 (partie français du chemin de St Jacques). J’avais 19 ans, c’était ma première rando. Alors que je remonte le flot de pèlerin je mesure le chemin que j’ai parcouru depuis, tant figurativement que littéralement. Si je n’avais pas décidé de partir marcher un mois pour me changer les idées entre deux années de prépa je serais probablement une personne complètement différente maintenant : la rando a prise une place si importante dans ma vie qu’elle me définit en partie. J’ai grandi et je me suis construit autour de cette passion, donc forcément je suis un peu ému de repasser là où tout a commencé.

Toutes ces pensées ne m’empêchent pas d’avancer. Je quitte le GR65 et retrouve un peu de quiétude, mais ce n’est que temporaire car mon itinéraire suit ensuite une petite route charmante mais un peu trop fréquentée. Les nuages se sont un peu écartés et pour la première fois en plus de 48h mon regard peut se porter sur les sommets environnant. Face à l’Errozate je redescends par une petite sente un peu difficile à trouver au début (merci le GPS) avant de remonter sèchement de l’autre côté. Les nuages reviennent en force et j’ai à peine le temps de poser le bivouac au bord d’un petit ruisseau avant qu’une pluie franche ne s’abatte sur moi. Il est encore relativement tôt, mais j’ai fait 35km et je me suis promis de ralentir un peu le rythme donc je ne culpabilise pas trop.

Plus tard, alors que je vais me coucher j’entends du bruit à proximité : une randonneuse installe son bivy de l’autre côté du ruisseau. Le sol y est en pente, il pleut toujours : je la plains intérieurement. Nous discutons quelques instants avant que j’aille au lit pour de bon.


Ambiance basque


Roncevaux


Sur le GR65


Ça se dégage


Chevaux basque aux cheveux dans le vent


Objectif : le col en face à droite


Juste avant la pluie

Jour 4 : 29km, 1700m D+

Je suis prêt un peu après 7h mais je reste à discuter avec ma compagnonne de bivouac (dont j’ai oublié le prénom). Ce n’est que vers 8h que nous partons sous un ciel toujours bouché. L’itinéraire descend jusqu’à une petite route puis remonte brutalement en face via une petite sente… qui s’avère être une draille à vaches. La bonne sente est celle-ci… Ah non, non plus. Bon, bah dré dans l’pentu alors. Rapidement je suis de nouveau trempé – enfin je l’étais déjà, mais maintenant c’est frais en plus d’être mouillé. Je ne traîne pas trop et petit à petit je me retrouve seul. Arrivé en haut je suis dans les nuages sous un fort vent, donc je décide de continuer et je souhaite mentalement bonne route à ma partenaire de HRP temporaire.

Puis loin je croise deux HRPistes en émoi devant un panneau annonçant que le sentier est fermé pour travaux forestiers. C’est une anglaise et un allemand, ce dernier marchant avec elle jusqu’à la prochaine trace de civilisation car il a cassé son téléphone. Ils hésitent à remonter sur la crêtes pour respecter la fermeture, mais vu les conditions je n’hésite pas tellement avant de passer outre et nous nous engageons tous les trois dans la forêt. Nous faisons bien car nous ne croisons rien de spécial, et de l’autre côté nous nous séparons déjà car je quitte l’itinéraire « classique » de la HRP. Oui, les puristes diront que la HRP n’a pas d’itinéraire officiel, mais j’ai croisé beaucoup d’étrangers dessus (anglais, américains et allemands) et tous suivaient le même topo (le Cicérone) ce qui dans les faits donne un parcours plus ou moins officiel.

Au lieu de les suivre à Iraty je continue donc tout droit vers l’est. C’est plus court, mais ça me fait rater une possibilité de ravitaillement alors que je suis un peu juste… Bah, je trouverai bien quelque chose. Nouvelle descente raide dans les fougères et sous la pluie : à chaque fois que je pense que je ne peux pas être plus humide le pays basque me donne tort. En face le chemin remonte raidement, sans lacet, ce qui me réchauffe rapidement. Je mange au pied des crêtes du Zazpigain et du pic d’Orrhy, mais je décide de les contourner sagement par le bas.

De l’autre côté du pic j’ai droit à quelques minutes de ciel dégagé qui me font espérer une fin de journée plus clémente, mais finalement les nuages reviennent – ou plutôt le vent les ramène, parce qu’il ne faiblit pas. Lorsque j’arrive sur la crête après le port de Larrau c’est même difficile pour moi d’avancer droit. Tout simplement avancer est même rendu difficile par un troupeau de mouton qui a peur de moi et continue devant moi, bloquant le chemin entre la crête et les barbelés qui délimitent la frontière. Je ne sais pas trop si je suis un berger ou un mouton, mais je suis content qu’il n’y ait pas de patou dans le coin.

Une fois les moutons passés la situation ne s’améliore pas et je décide de quitter la crête plus tôt que prévu pour descendre en direction de la cabane d’Ardane indiquée sur mes cartes. Je ne sais pas trop ce que je vais y trouver, mais ce sera probablement mieux que ce dont j’ai droit maintenant. J’y découvre des matelas tout confort et deux jeunes HRPiste déjà à l’abri des éléments. Nous passons une agréable soirée à discuter (après la sieste obligatoire) et j’en profite pour aller me geler les mains dans le ruisseau tout proche pour trouver un trou dans mon matelas qui me gâche mes nuits.

(Aujourd’hui il faisait tellement mauvais que je n’ai aucune photo, seulement une image extraite d’une courte vidéo prise en compagnie des moutons)


Mouton ou berger ?

Jour 5 : 28km, 1700m D+

Pour ne pas changer je pars dans le brouillard. Je dois remonter sur la crête que le vent m’avait poussé à quitter hier, mais au fur et à mesure que je monte je remarque quelque chose dans le ciel. Une sorte de disque brillant transperce les nuages lorsque je m’approche du col… Serait-ce le soleil ? Après tous ces jours dans la purée de pois j’avais relégué son existence au rang des mythes colportés par des personnes voulant me rendre jaloux. Mais non, il existe !

Le chemin est parfois en traversée, parfois en crête. Du côté espagnol la vue s’étend jusqu’aux plaines ; une mer de nuage couvre le côté français jusqu’à perte de vue. Plus loin, là où la crête s’affaisse, les nuages s’engouffrent du côté espagnol et coulent rapidement, comme une nappe d’huile. Heureusement le refuge Belagua est en plein soleil, donc je me prélasse pendant une bonne heure sur leur terrasse en savourant un immense sandwich à l’omelette (et j’en embarque un autre avec moi pour faire bonne mesure).

Je repars vers midi avec pour objectif le premier secteur de vraie montagne de ma HRP : la Table des Trois Rois. Ça commence doucement dans les bois par une longue montée, puis au fur et à mesure le paysage se découvre. Des pins parsemés, des lapiaz, et pas d’eau… Je comprends pourquoi certains affirment que les Pyrénées sont les plus belles montagnes du monde : ça ressemble beaucoup au Vercors ! Le chemin est bien marqué jusqu’au col d’Anaye, mais il fait chaud, j’ai l’impression de ne pas avancer, et rapidement je dois me résoudre à économiser mon eau (ce mot fait moins peur que « rationner », mais j’en suis déjà plus ou moins à ce stade). Je suis livré à moi-même lorsque je quitte le GR pour me diriger vers les Trois Rois. Il y a bien quelques cairns mais je m’empresse de les perdre pour continuer en hors-sentier, seul sous les regards des chamois (bah oui, on est dans le Vercors, donc ce ne sont pas des isards).

J’arrive enfin au col des Ourtets où j’imagine que je vais retrouver une bonne sente, mais en suivant des cairns je termine dans une montée raide dans des dalles de lapiaz où les mains sont nécessaires. C’est rigolo, mais je n’aimerais pas descendre par là – ou pire, être ici sous la pluie. Arrivé sur un petit plateau je dois sauter au dessus de profondes failles pour rejoindre la sente qui marque la montée finale. Au col se trouve le pic des Trois Rois à ma droite ; j’avais prévu d’y monter, mais c’est de la crapahute et je n’ai plus d’eau donc je décide de me contenter de la table éponyme. La vue sur les Pyrénées y est magnifique, ça m’offre un bel aperçu de ce qu’il reste devant moi…

La descente est raide, longue et assoiffée. Une portion dans un pierrier m’offre une belle séance de ski-cailloux avant que je retrouve de l’eau. Plus bas se trouve les deux cabanes de Pédain, un troupeau de mouton… Et trois patous dont l’un n’est pas très content de me voir arriver. Les bergers sont invisibles, je me retrouve un peu bloqué. Je voulais aller jusqu’à la cabane d’Ansabère, mais je me résous à rester à la cabane de Pédain, faisant le calcul que m’avancer de 2km de plus ne vaut pas un mollet bouffé par un patou.

Plus tard dans la soirée je vois les bergers sortir de leur cabane. Ils étaient là pendant tout ce temps et n’ont pas réagi lorsque les patous se sont ligués contre moi, c’est sympa. Le lendemain je croiserai un autre HRPiste qui lui se sera fait bouffer le sac en passant, donc il semble je ne suis pas le seul à avoir eu des problèmes…


Côté français


Nappe de nuages huileuse


Le soleil tente de limiter l’infiltration


Arrivée dans le « Vercors »



Mers de lapiaz et de nuages


En direction des Trois Rois


Chamois ( :p )



Vu sur les Pyrénées


Vallon de Pédain

Jour 6 : 32km, 1500m D+

Ce matin les moutons sont dans l’enclos et les chiens aussi. Ils m’aboient vaguement dessus, mais ils me laissent repartir en paix. Le soleil se lève alors que je suis seul entre les aiguilles d’Ansabère et la mer de nuage. Le petit matin est vraiment un moment magique, dommage qu’il soit si tôt. Je rejoins enfin la cabane d’Ansabère, qui était mon objectif de la veille mais qui semble bien occupée : finalement j’étais pas si mal à Pedain (en plus il y avait un matelas). De là le chemin s’élève brutalement dans les alpages. Je double un HRPiste américain avec qui j’échange quelques mots avant de basculer côté espagnol. À la faveur d’un mauvais choix de sente de ma part je retrouve Alex l’américain avec qui j’effectue la descente vers l’Ibon de Acherito, où je le laisse prendre son petit-déjeuner. De là j’avais prévu de rester plus ou moins sur la crête frontière, mais je n’ai vraiment plus grand chose à manger donc je décide de descendre dans la vallée récupérer le GR11 pour aller plus vite et arriver plus tôt à Cadanchu.

Durant la descente je croise un flot ininterrompu d’espagnols montant au lac pour la journée, certains ayant même des packrafts. Le GR11 dans la vallée est un peu plus calme jusqu’à jusqu’à Agua Tuerta, où je retrouve la foule – en même temps c’est très joli et il y a une route pas loin. Je continue à bon rythme pour passer le dernier petit col, puis je quitte le chemin encombré de personnes venant de la route pour prendre le sentier qui traverse jusqu’à Candanchu. C’est long…

Je rattrape Natasha, une HRPiste allemande, et nous continuons ensemble. Elle prévoit de s’arrêter à Candanchu alors que je ne sais toujours pas ce que je fais : me ravitailler et repartir, ou rester pour la nuit ? Mais l’idée de passer la soirée avec deux HRPiste (Alex doit arriver un peu plus tard) me tente bien, donc je décide de m’arrêter là aussi.

Ça fait 200km que je suis parti et Cadanchu représente mon premier vrai ravitaillement (heureusement que j’avais complété avec des repas pris en refuge), mais c’est une déception. L’épicerie est toute petite et très mal achalandée. J’achète un peu de nourriture pas du tout optimisée et décide de faire avec ça jusqu’à Gavarnie, dans 2,5 jours.


Ansabère


Petit matin de rêve


Ansabère


Sur le GR11


Agua Tuerta


Avant Cadanchu

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