Grand tour des Cévennes

Grand tour des Cévennes

Pour résumer un peu le trajet : je suis parti de Langogne (à 50km au sud du Puy-en-Velay), et j’ai rejoins Alès 6 jours plus tard après un parcours de 220km. J’ai fait un patchwork de pas mal de GR et GRP, et une trace du parcours (avec quelques modifications, mais flemme de tout refaire) est dispo sur openrunner.

Jour zéro :
Initialement, je devais partir le jeudi midi, après les cours (et faire sauter le vendredi). Chance, mon école ajoute un examen le jeudi après-midi. Et bien que ce soit une épreuve des plus ennuyantes (compta), pas moyen d’y échapper. Du coup, je pars beaucoup plus tard que prévu, et arrive au Puy vers 19h. Arrivé là-bas, je m’éloigne du centre pour me trouver un spot de bivouac tranquille, où je testerai pour la première fois en condition mon réchaud à bois fait maison.

Premier lancement sur le terrain

Premier lancement sur le terrain

Il fait encore chaud, et je resterais en t-shirt jusqu’au moment de me coucher.

Jour un :
Au réveil, il pleut, il fait froid, et je suis pas content. J’enfile la doudoune (incredible de Cumulus, dont c’est la première grosse sortie), et le rain cut. Je vais les garder non-stop durant 3 jours.

Je prend le bus pour Langogne (10€ pour 50km), où j’arrive un peu avant 9h. J’attaque le chemin sous la pluie, et me dirige résolument vers le brouillard. Un peu de gr70, un peu de gr700 pour couper quand je peux… J’avais aussi prévu de passer par les crêtes des sources de l’Allier, mais le mauvais temps m’en empêche (il fait vraiment trop mauvais pour ne pas doucher ma motivation). Je m’arrête à proximité de La Bastide-Puylaurent.

Paysage type de la journée

Paysage type de la journée

Jour deux :
Amélioration notable par rapport à la veille : il neige. Bon, ça ne va pas faciliter mon passage du mont Lozère, mais bon…

Je me dirige donc vers le Bleymard. Même type de chemin que la veille, mais le paysage est probablement mieux (je pense qu’on doit avoir de beaux points de vue sur le mont Lozère). “Probablement”, car le brouillard m’empêche de voir quoi que ce soit.

Arrivé au Bleymard, je me dirige vers la station, que j’atteins une heure plus tard. Les conditions sont déplorables, le vent emporte tout mon courage. Je bivouac contre un des batiments de la station déserte, avec un auvent qui me protège de la neige.

Départ sous la neige

Départ sous la neige


Moralité : durant ces deux jours, qui étaient de toute façon prévus comme étant les moins interessants, je n’ai pas vu grand chose, et n’ai pris quasiment aucune photo (en même temps, avec l’appareil dans le sac…).

Jour trois :
Normalement, le temps est censé s’améliorer aujourd’hui. En effet, il ne neige plus. Mais il y a un brouillard à décorner les bœufs, et un vent à couper au couteau (ou l’inverse, je ne sais plus).

Au départ, j’ai bon espoir : partant de 1400m dans le brouillard, j’ose penser que j’aurais droit à une mer de nuage depuis le mont Finiels, à 1700m. Mais durant la montée, les choses ne s’améliorent pas. Pour vous donner une idée, le chemin est jalonné de pierres dressées tous les 20-25m. Ben je ne peux en voir qu’une seule à la fois !


Arrivé au sommet, le vent est pire que jamais. Je tente de prendre le chemin prévu, qui consiste à redescendre légérement en suivant le gr70, puis emprunter un chemin de crêtes pour m’éloigner de la station. C’est donc pourquoi, 2h après mon départ, je me retrouve à mon point de départ. À peine démotivant. Je repars donc, mais ne monte pas au sommet. Je décide d’être sage et de redescendre dans la vallée de l’autre côté, pour récupérer le gr70 jusqu’à Florac…

Mais si la neige ne me dérange pas pendant la montée, c’est qu’elle a été soufflée. Et devinez où elle s’est déposée ? Sur le flanc sud. Les chemins sont donc totalement impraticables, avoir parfois plus d’un mètre de neige. Enfin, le problème est surtout que je ne les discernent pas…

Voilà le “chemin” que je suivrais pendant plusieurs kilomètres

Voilà le “chemin” que je suivrais pendant plusieurs kilomètres


Du coup, je re-rechange de programme, et décide de suivre la ligne d’arbre, qui doit normalement m’amener au même endroit que prévu selon les cartes qui sont stockées sur ma liseuse. Au bout de 2h de marches difficiles, le temps semble se lever.

Mais je ne sais pas où je suis. Et comble de la malchance, ma liseuse tombe à court de batterie alors qu’elle était à 90% le matin ! Sachant qu’habituellement son autonomie se comptent en semaine, ça me prend par suprise…

Pour résumer : je suis quelque part sur les crêtes du mont Lozère, sans réseau, sans carte, sans boussole (cruel manque ! je sais ce que je dois ajouter à ma liste) et sans visibilité. Mais j’ai toujours le vent et la neige avec moi…

À la faveur d’une trouée dans les nuages, je vois un chemin forestier plus bas. Je coupe par la forêt pour le rejoindre, et le suis vers ce que je pense être l’ouest. Après une heure de marche, un petit belvédère me permet d’avoir un point de vue :


Et là, au loin, je vois une route qui monte en lacet sur une sorte de plateau. C’est la route de Florac vers le causse Méjean ! Au moins, je sais où aller, à défaut de savoir où je suis.

Pour résumer la fin de la journée : plein est, sur les chemins quand il y en a, en mode sanglier dans la forêt quand il faut. Les 10 derniers kilomètres se font sur la route…

J’arrive à Florac à 18h, totalement crevé. Je prend une place dans un gîte : pas le choix, je dois recharger ma liseuse. Mais je dois avouer que je suis bien content d’avoir une excuse pour ne pas bivouaquer.

Jour quatre :
Le temps est au ciel bleu lors de mon départ. Je monte sur le causse via le chemin qui coupe la route. Arrivé en haut, le vent se lève, m’obligeant à mettre la doudoune. Je passe la journée à descendre le causse en direction de Meyrueis. Les paysages désolés me font irrésistiblement penser à Sardou : “Terre brûlée au vent — Des landes de pierres — […] — C’est pour les vivants — Un peu d’enfer”. Le vent amène pas mal de nuages, qui bouchent le ciel mais donnent une lumière interessante.

Entre causse et vallée

Entre causse et vallée

La désolation du causse

La désolation du causse



J’arrive à Meyrueis vers 16h30.



La descente finale est assez raide, mais je suis bien content de quitter le causse. C’est à voir, mais je me suis finalement quelque peu lasser, peut-être aidé par la fatigue que je ressens au niveau des mollets et des pieds.

Au village, je m’achète des fruits et je savoure une longue pose. Je repars pour trouver un coin de bivouac, mais les nuages ayant quittés le ciel et le chemin étant agréable, finalement j’avance plus que prévu, et je bivouaque à même le chemin, sur une petite plate-forme herbeuse. Il fait beau, la météo prévoit un temps identique pour les jours suivants : je décide de me passer de
ma tarp. C’est ma première nuit à la belle étoile, et j’aime vraiment, même si la lune presque pleine me donne l’impression qu’un projecteur est resté allumé pas loin. Elle se couche vers 23h, et quand je me réveille vers 5h je peux admirer un magnifique ciel étoilé. Je me rendors…


Jour cinq :
Je me réveille vers 7h et pars une demie-heure après. Je termine l’ascension du mont Aigoual, durant laquelle je traverse une petite station de ski. Je dois marcher sur quelques plaques de neiges, avec parfois une épaisseur conséquente due au damage des pistes. À certains endroits, je marche sur près de 50cm, alors que 1m à côté je vois le sol presque sec…

Après le mont Aigoual, je continue sur les crêtes. Le chemin est globalement très sympathique, et ménage de beaux points de vue. Par contre, je m’inquiète du retard que m’a fait prendre le mauvais temps sur mon planning initial, donc je fais encore une grosse journée. Je bivouaque une nouvelle fois à la belle étoile au bord du chemin pas très loin du col de cabane vieille, et savoure une magnifique vue sur les Cévennes.




Terre de résistance

Terre de résistance




Jour six :
Dernier jour. Une grosse étape m’attend, et le dernier train que je peux prendre pars d’Alès à 16h42. Je plie donc le camp avant 7h, et marche d’un bon pas toute la journée. J’arrive à Saint-Jean du Gard à 10h pile, et je prend la seule pause de la journée. Le chemin est encore très agréable (en même temps, je suis tellement content de retrouver le soleil que je ne suis pas forcément difficile), mais très cassant : il n’est jamais plat, mais surtout, très, très calliouteux. Mes genoux rejoignent mes pieds dans le club des plaignants.

J’arrive à Montcalmà 14h45. Un panneau me donne 4km pour Alès. Finalement, je suis large, mais je continue quand même à aller vite. Après une demi-heure de descente en courant quand le chemin (qui n’est pas toujours évident, de grosses pierres formant des marches), un panneau m’indique 3km restant… Je suis assez surpris, moi qui pensais avoir avalé une grosse moitié du chemin restant. Bon, je suis toujours large… Donc pour faire bonne mesure, je me perd encore une fois. Du coup, j’arrive à la gare 5min avant le départ du train. 2h pour faire “quatre” kilomètres, le tout en courant : bel exploit !


Le pire, c’est qu’il n’y a pas besoin de cairn…

Le pire, c’est qu’il n’y a pas besoin de cairn…

Vue sur Alès depuis Montcalm

Vue sur Alès depuis Montcalm

Commentaires généraux :
– étape 1&2 : pas tellement intéressantes, mais je m’y attendais. Cependant, mon jugement est à nuancer, du fait que j’ai rien vu à cause du brouillard et que j’ai eu un sale temps.
– étape 3 : grosse déception. J’attendais avec impatience le mont Lozère, mais je n’en aurais rien vu. Faudra que je repasse…
– étape 4 : je ne suis pas plus conquis que ça par le causse. C’est sympa et c’est à voir si on passe dans la région (donc je ne regrette pas d’y être passé), mais une journée dessus m’a suffit.
– étape 5&6 : depuis le temps que je voulais découvrir les Cévennes… Je suis ravi. J’aime beaucoup l’ambiance, et le fait de ne croiser que très peu de personne chaque jour m’a permis d’en profiter au mieux. Je pense que la saison était bien choisie (il ne faisait pas trop chaud malgré un soleil tapant et c’était désert), mais peut-être qu’un mois après c’est mieux, pour profiter un maximum des couleurs du printemps (plutôt que de celles de l’automne délavé par l’hiver). J’ai croisé quelques mémoriaux de la résistance, et je comprend pourquoi il y avait des maquis : c’est assez sauvage, et mêmes les hameaux semblent isolés de tout. D’ailleurs, j’ai adoré les maisons typiques de la région (mais je n’ai pas pris de photo, je suis bête).

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