CDT 15 : Steamboat Springs – Rawlins

5 jours, 145mi/233km

Après deux jours de repos, il est temps de repartir. Enfin, après le match France – Argentine, qui est à 9h par la grâce du décalage horaire. Je ne regrette pas être resté pour le voir, mais il est déjà 11h quand nous commençons à être prêts. Heureusement, ce sera facile de retourner sur le CDT : le mari de Rabbit (une randonneuse qui faisait partie du groupe d’Anchor et Snakefarm) est venu en la voir et ils ont loué une voiture, donc ils nous ramènent tous aux points exacts où on a quitté le chemin.

Après avoir fini la portion de route qui nous manquait, nous nous rapprochons petit à petit du dernier massif montagneux du Colorado. Aujourd’hui n’est qu’une marche d’approche, mais ça reste assez vallonné et, comme souvent après un arrêt en ville, nous n’avançons pas bien vite. Snakefarm nous rejoint au campement, et nous formons définitivement un groupe de trois qui restera ensemble pour les 2200km qui restent. Entre nous nous appelons Iceman & Cattywampus « Icepus » ; Icepus nous appellera « Snakorpper » (Snakefarm & Anchor & Grasshopper).

Nous devons ensuite franchir le petit massif qui nous sépare du Wyoming. Il ne représente aucune difficulté et réserve quelques beaux points de vue, mais la traversée du plateau se fait sur un terrain détrempé par la fonte des neiges. Assez rapidement nous pataugeons dans la boue, ce qui n’est pas la manière la plus agréable de marcher. C’est dommage, parce que de loin ces plaines herbeuses avaient l’air vraiment accueillantes. Nous croisons des randonneurs à la journée avec un chien (« Ne vous inquiétez pas, il est gentil, il ne mord pas », sic), puis des CDTers dont un qui s’est fait mordre par ledit chien. Après une dernière traversée de gué (c’est la première fois que nous devons retirer des chaussures pour passer un gué, si on omet la Gila où on ne le faisait pas), nous trouvons un endroit presque plat surplombant la plaine pour poser le camp. C’est loin d’être parfait, mais il est déjà tard et nous savons que plus loin ce sera pire donc nous ne pouvons pas faire les fines bouches.

Le lendemain est majoritairement en forêt, et ce serait un jour de transition comme les autres si on ne passait pas la frontière du Wymoming. Le Colorado et ses montagnes, c’est fini, à nous le Wyoming. Les premiers kilomètres dans le nouvel état se font en enjambant des troncs et en tentant de récupérer de l’eau qui suinte. D’ailleurs, manquer d’eau alors qu’on patauge dans des marécages boueux, c’est assez ironique, mais c’est bel et bien ce qui nous arrive. Larry Boy, qui est deux jours en avance, m’avait envoyé un message pour me prévenir d’une section particulièrement mauvaise, donc nous prenons une piste pour la contourner.

Nous réfléchissons beaucoup à nos étapes. En effet, autour de Rawlins le terrain est très plat et se prêterait bien à une idée qui nous trotte dans la tête : faire le plus de kilomètres possibles en une journée. Plus que ça, nous aimerions marcher 24h, de 00h à minuit. Nous devons donc bien découper nos journées pour que ça rentre dans le programme. En plus de ça, Anchor et moi avons assez de nourriture pour aller jusqu’à Rawlins, mais Snakefarm doit passer par Encampment pour acheter de la nourriture et récupérer un colis. Bref, changement de plan : nous allons tous aller à Encampment, passer pas mal de temps là bas (c’est à dire manger), puis revenir sur le chemin, faire quelques kilomètres et camper à une distance optimale de Rawlins.

En arrivant au col d’où on peut faire du stop pour Encampment, nous croisons du trail magic sous la forme de soda et de bière. Nous rencontrons aussi Zebra, une randonneuse polonaise qui attend une voiture depuis environ 1h et qui n’en a vu que 4 passer. Mais 5 minutes après nous être installés en bord de route, quelqu’un arrive et nous propose de nous descendre à Encampment. Bon, faudra se serrer dans la benne du pick-up, mais c’est loin de nous déranger.

Encampment, c’est un de ces petits villages qui n’existent que pour les ranchs autour. C’est petit mais étendu, et ça respire autant l’air des montagnes que la pauvreté. Nous arrivons quand même à trouver un restaurant (nous voulions prendre un petit-déjeuner, nous devons attendre et prendre un déjeuner) où les burgers sont pas chers et avec une table de billard. Étonnamment, le retour sur le chemin se fait facilement car nous sommes rapidement pris en stop dans un camping-car. La conductrice ne savait pas trop où aller, donc nous lui avons donné un but : c’est gagnant-gagnant.

Une fois sur le CDT, nous perdons assez rapidement Zebra, qui marche plus lentement. Un orage menace mais n’éclate pas, tout en laissant une atmosphère lourde et humide. Depuis les crêtes, nous avons un premier aperçu du Great Divide Bassin, le désert que nous devons traverser. Nous faisons aussi la connaissance avec nos premiers moustiques, qui nous laissent à peu près tranquille quand on marche mais se vengent quand on veut faire une pause. Vers 18h, nous trouvons difficilement un endroit où poser le bivouac : nous voulons nous coucher (très) tôt pour nous lever à minuit.

Malheureusement, ce petit bout de nuit sera infâme : je suis obligé de barricader l’abri comme je peux contre les moustiques, mais ça ne suffit pas et je dois m’engoncer dans mon sac de couchage alors qu’il fait très chaud. En plus le sol n’est pas droit et il est trop tôt pour que je sois fatigué. Bref, quand mon réveil sonne à 23h30, je ne suis pas prêt pour ce qui m’attend. Mais ai-je le choix ? (Oui, mais j’ai quand même envie de le faire).

Nous partons donc à la frontale. Le début est toujours assez montagneux, et nous perdons le chemin plusieurs fois à cause des arbres couchés (il y en a vraiment beaucoup sur cette section). Le CDT n’est quasiment jamais en hors-sentier ; forcément, le jour où nous marchons de nuit, c’est le cas. Bref, nous perdons pas mal de temps jusqu’à ce que nous arrivions sur une piste vers 6h. Ensuite, il suffit de dérouler.

L’arrivée à Rawlins se fait en suivant des pistes. Cependant, il existe une variante non-officielle, plus courte mais en partie sur route. En regardant ça de plus près, nous remarquons qu’en la prenant nous pouvons être à Rawlins dès ce soir (au prix d’une journée de 80km). L’appel de l’hôtel et de la bonne bouffe (on ira au MacDo, mais pour nous c’est de la bonne bouffe) étant trop fort, nous choisissons de prendre la variante.

La journée est longue. Très longue. Nous sommes de retour dans le désert, c’est plat, c’est droit, et c’est sec. Nous devons porter plusieurs litres d’eau, et je termine la journée à sec. Je dois aussi faire une pause impromptue pour faire une sieste car je suis beaucoup trop fatigué. Mais vers 20h nous sommes à Rawlins (Snakefarm et Anchor étant arrivés légèrement avant moi à cause de ma sieste). Nous avons fait 80km !

Je les retrouve à l’hôtel, puis je me propose pour aller acheter de quoi manger au MacDo presque voisin. Là bas, je retrouve Lone Star et Dodgy, qui nous on doublé en faisant du stop (pas tout le monde suit la philosophie du « continuous footsteps »). Je perds un peu de temps avec eux avant de revenir comme le messie à l’hôtel. Au lieu de la parole divine je ramène burgers et milkshakes, mais ça convient tout aussi bien à mes compagnons.

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