Bikepacking provencal

J’avais des congés à poser avant fin février sinon ils allaient disparaître dans les limbes de l’administration française. Avec plus de deux semaines de soldes j’avais de quoi faire de jolies choses, mais la météo en a décidé autrement : mon premier départ en vélo de route de Lyon se termina à Arcachon dans les premières rafales d’une tempête hivernale. Comme je venais de recevoir un nouveau VTT, je décidais de rentrer sagement attendre que Justine (le joli petit nom du gros coup de vent) aille voir ailleurs si j’y étais puis de repartir vers le sud à la recherche du soleil et de pistes sur lesquelles tester ma nouvelle monture. Voici donc un rapide retour de ce petit tour de Provence sur pistes DFCI.

Le vélo

Le nouveau venu est donc un Kona Unit X. Avec ses 14kg c’est un beau bébé, mais je cherchais quelque chose pouvant me permettre d’explorer les recoins d’Amérique du sud sans me poser trop de questions. Plus spécifiquement, les critères m’ayant fait pencher pour ce vélo étaient :

  • dégagement pour pneu de 29″ x 3″ : parfait pour les zones sableuses (nord de l’Argentine, Bolivie), défoncées (Équateur) ou simplement pour le confort sur les pistes en tôle ondulée
  • cadre acier sans suspension : je ne voulais pas de carbone pour le voyage, des vélos comme ça en alu n’existent pas et je ne suis pas assez riche pour le titane, donc acier par défaut. Vu la taille des pneus je ne pense pas que le confort prếté à l’acier soit notable.
  • œillets pour porte-bagage arrière : pas si courant sur les VTT
  • bon rapport qualité/prix : à 1500€ il est raisonnable, surtout comparé à une partie de la concurrence (Bombtrack Beyond ADV+ : 2300€ pour un poids équivalent). Je voulais un prix plus bas pour me garder un budget pour les évolutions possibles (double plateau ? fourche carbone ?)

Étant pile à la limite entre M et L d’après le site de Kona j’ai pris un M en me disant que la position légèrement plus relevée serait plus confortable en voyage. Je pense que L aurait été plus adapté, mais en changeant la potence et en prenant un tube de selle partant un peu vers l’arrière j’ai réussi à obtenir une position qui me semble convenable.

Le parcours

Avant de partir j’ai tracé une grande boucle au départ de Marseille utilisant les nombreuses pistes DFCI. L’avantage du départ en février était de m’assurer qu’aucune zone n’était fermée pour risque incendie ainsi qu’une température correcte, ce qui m’a été bien utile vu le peu d’eau disponible. Un certain nombre de pistes étaient indiquées comme étant « privée et non ouverte à la circulation », mais j’y croisais aussi quelques VTTistes (souvent aidés par un moteur) donc je ne sais pas trop ce qu’il en est. Malheureusement ça fait que je ne peux pas forcément conseiller de suivre le même itinéraire que moi…

Jour 1 : 45km et 1650m de D+

Le départ de Marseille me permis de commencer par les calanques. Le coin est loin d’être plat, surtout que je avec mon détour par le mont Puget, et déjà je découvre la réalité du VTT : c’est lent ! Je tablais sur une centaine de kilomètres par jour avec l’idée que ça me ferait des journées plutôt tranquille, mais rapidement je réalise que c’est déjà ambitieux. Même la descente vers la Ciotat se fait relativement lentement, ce qui ne me permet pas vraiment d’augmenter ma moyenne.

La sortie de la Ciotat se fait sur une petite route, et heureusement : 2,3km à plus de 12% avec des passages à 20%, ça casse. Je retrouve les pistes et le vent une fois sur les crêtes et je commence à m’interroger sur où dormir lorsque je croise le cabanon des gardes : il est ouvert et sera parfait pour la nuit. Il n’est que 17h, mais  le dénivelé intense et le départ de Lyon de bonne heure m’ont fatigué et je ne demande pas mon reste. Je n’ai roulé qu’à 13km/h de moyenne…


Vue sur la Sainte-Victoire à la sortie de Marseille


Dans les calanques


Depuis le mont Puget


N’est-il pas beau ?


La descente du mont Puget


Juste avant la Ciotat


Arrivée sur les crêtes après la Ciotat

Jour 2 : 95km et 1700m de D+

La nuit fut plus compliquée que ce que j’espérais et mon départ plus tardif que prévu. Heureusement j’arrive rapidement sur une descente rapide… au milieu de laquelle je m’arrête discuter 30 minutes avec un VTTiste qui me fait signe. Il fait quelques voyage à VTT, mais en groupe avec nuits à l’hôtel : il est jaloux de la simplicité qu’offre le bikepacking, surtout lorsque je lui explique que j’ai improvisé mon petit tour juste quelques jours à l’avance.

La journée est relativement plate et j’avance pas trop mal (toute proportion gardée) jusqu’à ce que la petite piste que je suis disparaisse au pied d’une imposante clôture qui ferme tout un vallon. Je contourne donc la zone via un singletrack pas bien large où des plantes diverses et variées me cessent de me caresser. Franchement, le vélo de route c’est plus simple ! À Signe je fais une énorme pause déjeuner + lecture et je repars requinqué mais encore plus en retard sur le planning que je n’ai pas. Montée, descente et je traverse la plaine du Var. En face se dresse le massif des Maures, dans lequel je pars tournicoter. Les pistes y sont particulièrement roulantes, c’est vraiment l’endroit idéal pour faire du gravel. Au moins mes pneus de 2.6″ sont tout confort… Je bivouaque à proximité d’une des nombreuses citernes qui jalonne les pistes. Il fait frais et j’ai les pieds froids, mais heureusement j’ai mon arme fatale : des chaufferettes ! Ce n’est pas très léger ni très écolo mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé de ne pas attendre 5 ou 6h que mes pieds daignent se réchauffer. Grâce à elles je passe une nuit correcte malgré les températures légèrement négatives.


La piste qui se termine en cul-de-sac


Les pistes dans les Maures sont souvent roulantes, mais celle-là l’est particulièrement

Jour 3 : 91km et 2400m de D+

Le programme du jour est assez simple : parcourir les différentes lignes de crêtes du massif des Maures. Seules la plus proche de la mer va échapper à mes zigzags incessants qui me font sauter de crêtes en crêtes. L’avantage, c’est que je visite le massif de fond en comble ; le désavantage, c’est que ça implique pas mal de dénivelé, et les pentes ne sont pas toujours douces. Mais ça en vaut bien la peine : le coin est calme, et selon le côté où je me trouve, je vois soit les préalpes enneigées, soit la mer méditerranée. Je passe la journée à naviguer dans la forêt au gré des pistes, quel plaisir.

Dans l’après-midi j’atteins la Chartreuse de Verne et son imposant mur d’enceinte. Je profite de l’ouverture du magasin de souvenir pour enfin me recharger en eau et je repars dans la dernière grosse descente de la journée. La remontée en face se fait en deux partie avec quelques passages un peu raides pour mes jambes fatigués, mais enfin je débouche sur le haut de la crête. La nuit tombe et le vent se lève donc je me dépêche de trouver un endroit pour bivouaquer : ce sera dans une petite forêt qui coiffe la crête, là où les sangliers ont défoncé la terre. J’espère qu’il ne se vexeront pas de ma présence dans ce qui semble être leur garde-manger…

Jour 4 : 66km et 1200m de D+

Durant la nuit quelques sangliers sont venus grommeler autour de moi, mais j’étais assez fatigué pour ne pas trop leur en tenir rigueur et me rendormir rapidement. Il y a aussi eu de brefs passages pluvieux, et une fois le matin venu tout est humide : je suis dans un nuage. Heureusement le (relatif) mauvais temps arrive aussi avec une hausse sensible des températures, et il fait bien plus chaud maintenant que la veille au soir.

Cette journée est bien moins intéressante que les précédentes. Je me rapproche de Fréjus et les pistes offrent moins de vues, surtout que le temps est maussade. Pour ne rien arrangé, je crève… Il faudra vraiment que je passe en tubeless, en attendant je pose une rustine et repars après avoir gonflé le pneu (cette étape est importante, cf. la suite). Cette pause forcée me fais aussi me décider pour une nuit à l’hôtel à Fréjus. Je me la justifie en me disant qu’après la ville je serait dans le massif de l’Esterel où le bivouac est interdit, mais si je suis honnête j’ai simplement envie d’une bonne nuit dans un lit avec une douche.

À quelques kilomètres de l’arrivée, nouvelle crevaison… J’avais gonflé le pneu, mais malheureusement pas assez et la tout en bas de la dernière descente je sens la roue taper dans une rigole d’évacuation d’eau : pincement de chambre à air. Heureusement le trou est assez petit pour une rustine, mais décidément je n’ai plus qu’une hâte c’est d’arriver.

J’ai sélectionné l’hôtel le moins cher, un B&B sans âme dans la zone industriel. Heureusement, il est à proximité immédiate d’un D4 où je refais mon stock de chaufferettes. J’en profite pour acheter un cuissard de course à pied : pour une raison inconnue mon caleçon, après des milliers de kilomètres de bons et loyaux services, remonte le long de mes cuisses et vient me cisailler la peau, donc maintenant que j’ai une selle évidée je me dis qu’un cuissard peut fonctionner malgré la couture placée sous le périnée. Je profite aussi du supermarché pour faire les réserves et, enfin, je m’effondre dans le lit.

Jour 5 : 90km et 2100m de D+

La traversée de Fréjus/Saint Raphael me sert d’échauffement avant l’arrivée dans le massif de l’Estérel. Lorsque j’avais planifié mon trajet j’avais juste cherché à passer par le plus de massifs possibles sans trop me renseigner sur les spécificités de chacun et donc je ne savais pas trop à quoi m’attendre : et bien l’Estérel est un superbe massif. Il est certes très forestier, mais il y a de nombreuses falaises de roches rouges qui lui donnent un charme certain. Du fait de sa proximité avec de nombreuses villes, il est aussi plus populaire que les Maures et je croise beaucoup de monde, notamment beaucoup de VTT électriques. Je croise aussi un gars en gravel avec des pneus d’environ 40mm, mais il fait vite demi-tour.

Trop rapidement je quitte le massif. Ma trace me faisait suivre des pistes pour remonter en face, mais il s’avère qu’elles traversent un grand domaine privé donc je dois improviser un petit détour de plusieurs kilomètres. Ça me fait passer par une piste défoncée et raide qui pique les jambes. Je ne sais pas pourquoi, mais malgré les vrombissements lointain de l’autoroute j’ai l’impression d’être au milieu de nulle part. Par contre je ne me sens pas au mieux de ma forme, mais c’est surtout mental. Heureusement, je crois un camion-snack au bord de la seule route que je croise et j’y prends un sandwich américain qui me remet à bloc.

Je suis le bord du lac de Saint Cassien pendant une dizaine de kilomètres avant de remonter sur les hauteurs de ce qui est officiellement aussi le massif de l’Estérel, même si c’est assez différent de là où j’étais ce matin. Puis je redescends. Puis je remonte. Décidément, je ne me suis pas fait de cadeau en préparant ma trace ! Je continue sur la crête jusqu’à quelques minutes avant le coucher de soleil, lorsque je croise une cabane de chasse. Elle sera parfaite pour la nuit, j’espère juste que le lendemain matin n’est pas jour de chasse.

Jour 6 : 99km et 2200m de D+

Personne n’est venu me déranger et je me prépare à mon rythme. Le ciel s’est couvert dans la nuit, tout est gris et, une fois que je suis descendu au fond du vallon, humide. Bref, la journée ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. D’autant que, contrairement aux jours précédents, aujourd’hui je ne traverse pas un massif spécifique mais plutôt je passe de villages en villages. C’est une étape de liaison vers le Lubéron (que je n’aurais de toute façon pas le temps d’atteindre) qui ne me laisse pas un souvenir impérissable.

Malgré tout j’avance (ce sera ma journée la plus longue) et je campe dans les bois pas très loin de Barjols (je me devais de citer ce nom qui m’a fait tant sourire, je ne sais pas pourquoi).

Jour 7 : 50km et 520m de D+

Dernier jour. Ce n’était pas forcément prévu, mais je n’ai pas assez de temps pour faire tout ce que j’avais prévu et plutôt que d’un peu raccourcir je préfère rentrer un peu plus tôt pour avoir le temps de faire autre chose avant le retour au boulot. Mais en attendant j’ai une dernière bosse à passer, et elle ne fait pas semblant. De l’autre côté c’est gras et pas drôle (vraiment, la route c’est bien aussi) et lorsque je croise une route je décide assez rapidement de jouer la facilité pour pouvoir prendre le train plus tôt. J’arrive à Manosque juste à temps après 10km à fond pour ne pas le rater.

Matériel

La liste sur Lighterpack. Il manque une partie des poids, mais je n’ai pas de balance sous la main. De toute façon j’ai fait avec ce que j’avais en sélectionnant les objets en fonction de leur utilité plutôt que leur poids. Je suis plus intéressé par le minimalisme (le moins d’objets possibles) que par la légèreté (qui de toute façon vient avec).

Pour le portage j’avais deux sacoches principales et quelques petites sacoches :

  • sacoche de cintre Apidura 11l (je crois) : contenant tout ce qu’il fallait pour dormir (duvet, doudoune, matelas, pyjama) et non ouverte la journée
  • sacoche de selle Revelate Designs – Terrapin System 14 litres : tente, nourriture, électronique, kit de réparation. Elle n’était pas souvent rempli au max.
  • Apidura Accessory Pocket (à fixer sur la sacoche de cintre) : gants, lunettes, liseuse, cuillère, à manger
  • sacoche top tube Rockbros : APN, masque, quelques barres céréales
  • StemBag Choike : imper, coupe-vent, buff, bonnet, crème solaire

Les arceaux et sardines était fixés au top tube. Ma veste était soit sur moi, soit fixée aux élastiques de la sacoche de selle. J’avais deux bidons de 900ml, il n’aurait pas fallut moins et probablement plus s’il avait fait plus chaud (ou peut-être un système de filtration d’eau).

Comme c’est du bikepacking hivernal (même si j’ai eu des conditions relativement clémentes), j’ai emmené un certains nombres d’objets dont je peux me passer d’habitude. Parmi les choses notables :

  • tente : uniquement la toile extérieur + footprint : en attendant d’avoir un abri plus léger qui me convienne en bikepacking, la tente est une solution tout confort qui permet de m’abriter correctement et de couper une partie des courants d’air. À terme j’aimerais avoir une solution plus légère, mais comme en été je pars sans abri ce serait un investissement qui ne me servirait pas forcément tant que ça (sauf si je trouve un abri que je peux utiliser en voyage)
  • doudoune, grosses chaussettes, bonnet : de quoi dormir au chaud malgré mon quilt Cumulus 350 bien fatigué. Je mettais le bonnet sous le casque les jours les plus froids (surtout lors de mon premier trajet sur route, qui était plus plat et plus frais)
  • chaufferettes : comme j’expliquais dans le récit, elles ont sauvé mes nuits en me permettant de réchauffer mes pieds.
  • couvre-orteils : censés apporter un gain de chaleur dans les pieds pendant la journée, je ne suis pas convaincu.

Conclusion

Le vélo : Kona Unit X

J’ai beaucoup aimé le vélo. Malgré son poids je l’ai trouvé facile à manœuvrer et grâce aux gros pneus j’ai franchis des choses dont je ne me serait jamais senti capable (j’imagine qu’un vrai VTTiste n’aurait même pas remarqué qu’il y avait quelque chose, mais je n’ai absolument aucune expérience en VTT). Bien sûr il était aussi très confortable, mais entre le cadre acier et les gros pneus c’était attendu.

Au niveau des choses à changer, la priorité serait finalement le cintre : j’aimerais plus de backsweep tout en évitant de me relever encore plus, donc il en faudrait un en zigzag (« S » avec une boucle en plus, je ne sais pas si c’est très clair). Changer la fourche pour une carbone serait une bonne manière de gagner du poids, mais ça coûte cher et je ne suis pas sûr que j’y gagnerais tant que ça. Enfin, le développement mini était très bien mais le max était parfois un peu court. Dans des massifs où les descentes peuvent prendre la forme de long faux plats interminables (coucou les Andes) ça pourrait être utile d’avoir mieux que 32 x 11. Passer au double plateau serait une solution…

Les pneus était d’ailleurs probablement trop gros pour ce trajet mais j’ai gardé ceux livrés avec. Je vais les changer pour du plus roulant (et tubeless !) pour mes prochains projets.

La pratique VTT

J’ai des sentiments ambivalents pour le VTT. C’est sympa d’être au calme et de visiter les moindres recoins d’un massif, mais la vitesse est frustrante. En France où il y a un dense réseau de routes secondaires qui permet d’aller presque aux même endroits je pense que je préfère le vélo de route, qui permet d’aller plus vite, plus loin. J’imagine que ça dépend beaucoup des personnes : je ne suis pas attiré par la technicité des chemins, mais j’apprécie de rouler sans réfléchir et sans être sans cesse impacté par le terrain.

Les pistes que j’ai empruntées étaient globalement roulantes et une bonne partie du parcours aurait pu être faite en gravel (même si, sur plusieurs jours, ça pourrait être un peu fatiguant). Il y a eu quelques passages un peu plus VTT mais aucun poussage. Beaucoup de dénivelé et régulièrement de bons petits coups de cul (les premiers jours j’ai dépassé les 20% relativement souvent). Est-ce que c’est pour ça que j’ai plafonné à 13km/h de moyenne ? Ça me semble particulièrement bas.

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